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Sécurité matérielle, sécurité affective : de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Ce qui se cache derrière notre besoin de sécurité et pourquoi nous avons parfois l’impression de devoir choisir entre l’amour et la stabilité.

Nous parlons souvent de sécurité comme si nous savions précisément ce qu’elle signifie.

Nous voulons être en sécurité :

  • Dans notre travail.
  • Dans notre couple.
  • Dans notre logement.
  • Dans notre vie financière.
  • Dans nos relations.

Mais qu’est-ce que cela signifie, pour moi, être en sécurité ?

Est-ce avoir suffisamment d’argent de côté ? Être certain d’être aimé ? Pouvoir compter sur quelqu’un ? Avoir un travail stable ? Savoir que demain ressemblera à peu près à aujourd’hui ?

Ou est-ce aussi avoir suffisamment confiance en soi pour savoir que, même lorsque quelque chose nous échappe, nous saurons traverser ce qui arrive ?

Parce que nous confondons parfois sécurité et confort de vie. Et cette confusion peut nous amener à chercher chez l’autre, dans notre travail, dans notre compte en banque ou dans ce que nous possédons une sécurité dont une part essentielle ne peut finalement être construite qu’à l’intérieur de nous.

En bref

  • La sécurité matérielle et la sécurité affective ne sont pas forcément opposées.
  • Nous pouvons avoir une situation objectivement sécurisante sans nous sentir en sécurité.
  • Notre histoire influence ce que nous considérons comme « suffisamment sûr ».
  • Le besoin de sécurité est tout à fait normal. Encore faut-il savoir ce que nous appelons « sécurité ».
  • L’autre contribue à notre cadre de vie, mais il ne peut pas être tenu pour responsable de notre sentiment de sécurité.
  • Lorsqu’une dimension de notre sécurité est suffisamment assurée, cela nous libère de la bande passante mentale pour pouvoir nous consacrer aux autres dimensions de notre vie.
  • Et peut-être que la sécurité n’est pas l’absence de risque, mais notre confiance en l’avenir.

Quand nous cherchons à être en sécurité

C’est humain d’avoir le besoin de sécurité.

Nous cherchons des repères, nous construisons, nous économisons, nous organisons. Et puis, parfois, nous obtenons tout cela… et nous continuons à avoir peur.

Car il existe une différence entre les conditions objectives de sécurité et le sentiment intérieur de sécurité.

Nous pouvons avoir un salaire confortable et continuer à craindre de manquer. Nous pouvons être aimés et nous demander si l’autre nous aime vraiment. Nous pouvons avoir un toit, des amis, un travail et une vie stable et pourtant entendre cette petite voix :

« Oui, mais on ne sait jamais. »

Cette voix-là ne regarde pas toujours les chiffres. Elle regarde notre histoire.


Ce que notre histoire nous apprend à craindre

Nous ne partons pas tous avec la même définition de la sécurité.

Certains ont grandi dans un environnement où l’argent était une source de stress. D’autres ont connu l’instabilité affective, les séparations, les silences, les conflits ou l’impression qu’il fallait être sage, gentil ou adaptable pour conserver sa place. Parfois les deux…

Le contexte familial, social ou affectif dans lequel nous grandissons peut influencer notre manière de percevoir le manque et la sécurité.

Alors nous développons nos propres stratégies : accumuler, contrôler, être indispensables, ne jamais dépendre de personne ou, au contraire, chercher quelqu’un qui puisse enfin nous apporter cette sécurité que nous n’avons jamais vraiment ressentie.

Et parfois, nous faisons tout cela sans même nous en rendre compte.


Posséder pour ne plus manquer

La peur du manque peut prendre des formes très concrètes : accumuler de l’argent, acheter un logement, conserver des objets « au cas où », éviter de jeter ce qui pourrait servir un jour.

Après tout :

« On ne sait jamais, ça pourrait servir. »

Mais il peut y avoir derrière cette accumulation une logique moins rationnelle :

si je garde, je ne manquerai pas.

La possession devient alors une manière de rassurer le mental.

Mais les objets peuvent aussi devenir une extension symbolique de nous-mêmes. Ils nous entourent, racontent notre histoire et participent parfois à notre sentiment d’exister. Dès l’enfance, certains objets comme le doudou peuvent déjà jouer un rôle rassurant.

Là encore, la sécurité peut passer par ce que nous possédons.

Et pourtant, avoir davantage ne signifie pas nécessairement se sentir davantage en sécurité.


Quand la sécurité matérielle ne suffit pas

Pendant une grande partie de leur vie, certaines personnes suivent ce qui semble être une progression logique : étudier, travailler, évoluer, gagner davantage et construire une situation confortable.

Il arrive par exemple qu’une personne soit acceptée dans deux formations dans deux domaines qui n’ont pas grand-chose à voir, avec une préférence réelle pour l’une d’entre elles. Mais la peur de manquer, le contexte familial ou simplement le besoin de choisir la voie qui semble la plus sûre peuvent conduire à privilégier l’option perçue comme la plus sécurisante.

Sur le moment, le choix paraît raisonnable. Après tout, il s’agit de construire son avenir.

Nous évoluons aussi dans une société qui nous propose un modèle assez précis de ce que devrait être une vie sécurisée : faire des études, trouver un travail stable, gagner suffisamment, devenir propriétaire, épargner, préparer l’avenir.

Ce modèle peut avoir toute sa pertinence. Mais un modèle sociétal n’est pas la vie.

La vie ne se résume pas à cocher les cases d’une existence considérée comme sécurisée. Ce qui est objectivement sécurisant sur le papier ne correspond pas nécessairement à ce qui nous permet de nous sentir pleinement vivants.

Quelques années plus tard, une question peut apparaître :

Est-ce que ce choix m’a réellement apporté la sécurité que j’espérais ?

Parce qu’il est possible de construire une situation confortable sans jamais ressentir :

« Ça y est. Maintenant je suis en sécurité. »

Et parfois, en sécurisant un domaine de notre vie, nous créons du manque ailleurs : moins de sens, moins de plaisir, moins de disponibilité pour nous-mêmes ou pour les projets qui comptent.

En cherchant à éliminer certaines formes d’insécurité, nous pouvons parfois en créer d’autres.


Alors, faut-il choisir entre l’amour et l’argent ?

Nous opposons facilement les deux : d’un côté, la stabilité, l’argent, le logement, la prévisibilité ; de l’autre, l’amour, la passion, la liberté, l’émotion.

Comme s’il fallait choisir :

le cœur ou le portefeuille.

Mais pourquoi ?

Vouloir un partenaire avec qui construire quelque chose de stable n’a rien de superficiel. Partager une certaine conception du confort ou du quotidien peut être important. Vouloir être aimé, respecté, écouté et pouvoir compter sur l’autre est tout aussi légitime.

Le problème n’est donc pas de vouloir de la sécurité.

Le problème commence peut-être lorsque nous demandons à l’autre de devenir responsable de notre sécurité intérieure.


Quand notre esprit reste en mode survie

Lorsque nous percevons une menace, notre esprit se met naturellement en état d’alerte. Il anticipe, surveille, vérifie.

À court terme, cette vigilance peut être utile. Mais vivre durablement dans cet état est épuisant.

Lorsque notre sécurité matérielle, affective ou relationnelle est constamment remise en question, une partie de notre énergie mentale reste mobilisée par ce qui pourrait mal tourner.

Un esprit qui doit en permanence assurer sa survie dispose de moins d’espace pour vivre pleinement.

C’est là que la notion de bande passante prend tout son sens.


Quand une sécurité en libère une autre

Nous avons rarement une quantité illimitée d’énergie mentale.

Si je ne sais pas comment je vais payer mes factures le mois prochain, une partie de mon esprit restera mobilisée par cette question. Lorsque cette dimension est suffisamment sécurisée, quelque chose se libère.

Je peux alors consacrer davantage d’attention à ma relation, à mes projets, à ce que je ressens.

L’inverse est tout aussi vrai. Lorsque ma vie matérielle est stable mais que ma relation affective est en permanence source d’incertitude, cette insécurité peut occuper une grande partie de mon espace mental.

  • Est-ce qu’il m’aime ?
  • Est-ce qu’elle va rester ?
  • Pourquoi a-t-il réagi comme ça ?
  • Est-ce que notre relation va tenir ?

Tant que cette incertitude reste ouverte, elle continue de réclamer de l’attention.

C’est peut-être pour cela que nous avons parfois l’impression de devoir choisir entre sécurité matérielle et sécurité affective. Ce n’est pas nécessairement que l’une exclut l’autre. C’est parfois simplement que lorsqu’une dimension n’est pas suffisamment sécurisée, elle mobilise tellement notre attention qu’il nous reste moins de disponibilité pour les autres dimensions de notre vie.

Quand une sécurité est suffisamment remplie, elle cesse d’occuper toute la place. Et cette place redevient disponible pour le reste.


Ce qui dépend de moi

On peut aussi regarder la question sous un angle très concret :

« Qu’est-ce que je mets en place pour me sentir en sécurité ? »

Mais avant cela :

« De quoi ai-je besoin ? Et qu’est-ce que la sécurité signifie selon moi ? »

Si j’ai peur de manquer d’argent, que puis-je mettre en place ? Si j’ai peur d’être abandonné, qu’est-ce qui peut m’aider à développer ma sécurité intérieure ? Si j’ai besoin d’une certaine stabilité dans une relation, suis-je capable de le dire clairement ?

Et si l’autre ne peut pas ou ne veut pas me l’apporter, suis-je capable de reconnaître que nous ne sommes peut-être simplement pas compatibles ?

Ce n’est pas un échec. C’est une expérience qui nous apprend quelque chose sur nous-mêmes et sur ce dont nous avons réellement besoin.

Parfois, deux personnes peuvent beaucoup s’aimer et avoir des conceptions très différentes de la sécurité.


Quand l’autre devient notre miroir

Cette recherche de sécurité peut aussi nous conduire à chercher chez l’autre la garantie que nous ne parvenons pas encore à nous donner.

Nous pouvons chercher quelqu’un qui corresponde parfaitement à ce que nous imaginons être une relation sécurisante : il doit être comme ceci, pas comme cela, réagir de telle manière, communiquer de telle manière, partager telle vision.

Et progressivement, nous pouvons ne plus rencontrer une personne.

Nous rencontrons une projection.

Plus notre définition de la sécurité devient étroite, plus il devient difficile de laisser une vraie personne entrer dans le cadre.

On pourrait même le formuler avec un peu d’humour :

Mon désir de sécurité émotionnelle est devenu un cadre tellement étroit que, pour passer les portiques de sécurité, l’autre doit être agile.

Mais derrière la blague, il y a une vraie question :

« À force de vouloir être en sécurité, est-ce que je suis encore capable de prendre le risque d’une rencontre ? »


Et si être en sécurité ne signifiait pas ne plus rien risquer ?

Nous aimerions tous une vie dans laquelle rien de grave ne puisse arriver. Mais cette vie n’existe pas.

Une relation peut se terminer. Un emploi peut disparaître. Un projet peut échouer. L’argent peut manquer. Quelqu’un peut nous décevoir.

Nous ne pouvons pas construire une sécurité suffisamment grande pour éliminer tous ces risques.

Peut-être que la sécurité se trouve alors ailleurs, dans la capacité à nous dire :

« Je ne sais pas ce qui va arriver. Mais je sais que je pourrai traverser ce qui arrivera. »

Cette phrase ne supprime pas la peur. Elle change simplement notre rapport à elle.


Et si nous ne cherchions pas plus de sécurité ?

Peut-être qu’une autre question mérite d’être posée :

Et si nous ne voulions pas davantage de sécurité, mais davantage de nous-mêmes ?

Nous pouvons passer beaucoup de temps à construire les conditions qui nous rassurent : sécuriser nos revenus, notre logement, nos relations, notre avenir.

Mais à quel moment la recherche de sécurité cesse-t-elle de nous protéger pour commencer à nous retenir ?

Car se sentir en sécurité peut aussi devenir une forme de confort. Et le confort, lorsqu’il devient notre objectif principal, peut réduire notre envie d’explorer ce qui se trouve en dehors de ce que nous connaissons déjà.

Or peut-être que le but n’est pas simplement d’être en sécurité.

Peut-être que le but est de pouvoir nous vivre pleinement.

D’essayer. De rencontrer. De créer. D’aimer.

Non pas parce que nous avons cessé d’avoir peur, mais parce que notre sécurité est devenue suffisamment solide pour nous permettre d’aller au-delà de ce qui nous rassure.


Alors, de quoi avons-nous vraiment besoin ?

Peut-être avons-nous besoin de moins de garanties que nous le pensons. Et davantage de clarté.

Savoir ce qui est réellement important pour nous. Comprendre ce qui vient de notre histoire et ce qui correspond réellement à nos besoins actuels.

Accepter que certaines sécurités soient légitimement construites à deux. Et reconnaître que certaines autres ne peuvent pas être déléguées.

Nous pouvons vouloir un partenaire stable, de l’amour, de l’argent de côté, un logement agréable et des projets communs. Tout cela peut parfaitement coexister.

Mais peut-être que la vraie question n’est pas :

« Que dois-je trouver chez l’autre pour être enfin en sécurité ? »

Elle serait plutôt :

« De quoi ai-je besoin pour me sentir suffisamment en sécurité afin de pouvoir aimer, choisir, construire et vivre sans demander à l’autre de porter mes peurs à ma place ? »

La sécurité n’est peut-être pas une forteresse imprenable derrière laquelle nous nous protégeons de la vie.

Elle pourrait plutôt être une fondation suffisamment solide pour nous permettre de construire un pont vers l’extérieur.

Une base à partir de laquelle nous pouvons partir explorer, rencontrer, aimer, créer, nous tromper, recommencer.

La sécurité ne serait alors plus une destination.

Elle serait un point de départ.

Une base suffisamment solide pour pouvoir en sortir.

Et aller à la rencontre du monde.

De l’autre.

Et surtout, de soi.


Avec tout notre Amour, Andrei et Ariel (@conte.de.faits)

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