
Il paraît qu’il faut prendre la vie au sérieux.
Il faut être responsable. Prévoir. Anticiper. Faire attention. Épargner pour la retraite. Répondre à ses mails. Faire des projets. Avoir un travail stable. Manger cinq fruits et légumes par jour. Faire du sport. Dormir suffisamment. Prendre soin de soi. Et, si possible, devenir une meilleure version de soi-même avant mardi prochain.
Tout cela est certainement très raisonnable.
Mais parfois, j’ai envie de répondre à la vie :
« Oui, oui… mais tu peux attendre cinq minutes ? Je suis en train de regarder le coucher de soleil. »
Parce qu’à force de vouloir tout comprendre, tout contrôler, tout prévoir et tout optimiser, il existe un risque assez sournois : passer à côté de sa propre vie.
On peut parfaitement avoir une existence organisée, raisonnable, respectable…
…et oublier d’y mettre un peu de vie.
Alors aujourd’hui, j’aimerais parler d’une chose extrêmement sérieuse :
arrêter de prendre la vie trop au sérieux.
Et, accessoirement, apprendre à boire du Coca par les trous du nez.
En bref

- Arrêter de tout prendre au sérieux
- Profiter de l’instant présent
- Faire de la place à l’inutile
- Oser la spontanéité et les petites bêtises
- Rire, aimer, sortir, s’émerveiller
- Accepter que tout ne soit pas parfait
- Vivre plutôt que simplement survivre
La vie n’est pas un dossier administratif
Nous avons parfois une drôle de manière de considérer notre existence.
On se lève, on travaille, on paie ses factures, on fait les courses, on répond aux messages, on s’occupe de ce qu’il y a à faire, puis on pense au lendemain, au mois prochain, à l’année prochaine.
Et entre deux obligations, on se dit :
« Quand j’aurai terminé tout ça, je profiterai. »
Le problème, c’est que la liste ne se termine jamais.
Il y aura toujours un mail auquel répondre, une lessive à faire, un problème à régler, un projet à terminer ou un placard à ranger.
Alors on reporte.
Le week-end prochain.
Les vacances.
Quand j’aurai moins de travail.
Quand j’aurai plus d’argent.
Quand ma situation sera stabilisée.
Quand je serai plus heureux.
Sauf qu’il n’existe pas de moment magique où tout sera enfin parfaitement réglé.
La vie ne commence pas après les problèmes. Elle se déroule pendant qu’on les traverse.
Vivre n’est pas une récompense
Nous avons parfois l’impression qu’il faut d’abord mériter le droit de profiter.
Comme si la vie fonctionnait avec un système de récompense :
Travail accompli : 100 %
Problèmes résolus : 100 %
Organisation parfaite : 100 %
Stress : 0 %Félicitations ! Vous avez débloqué le droit de vivre.
Spoiler : ce bouton n’existe pas.
Il y aura toujours des incertitudes, des contrariétés, des choses qui ne se passent pas comme prévu.
Et malgré tout cela, il y aura aussi un fou rire, une conversation qui fait du bien, un repas partagé, une balade, un baiser, une rencontre, un rayon de soleil ou un coucher de soleil.
Ces moments ne sont pas une distraction entre deux choses importantes.
Ils sont la vie.
Faire de la place à l’inutile
Nous avons développé une étrange obsession pour l’utilité.
Si nous faisons quelque chose, il faut que cela serve à quelque chose.
Même nos loisirs finissent parfois par avoir des objectifs.
À ce rythme-là, il ne manque plus qu’un entretien annuel avec soi-même :
« Alors, quels sont tes objectifs personnels pour le prochain trimestre ? »
« Améliorer mon bien-être de 17 %. »
« Très bien. Et sur le plan du plaisir ? »
« Nous sommes en cours d’optimisation. »
Non.
Parfois, faisons simplement quelque chose parce que c’est amusant.
Marchons sans savoir où nous allons. Mettons de la musique et dansons dans le salon. Allons boire un verre alors que nous avions prévu de rentrer. Prenons une photo complètement débile. Rions jusqu’à en avoir mal au ventre. Faisons un détour pour voir un joli paysage.
Et si l’occasion se présente…
buvons du Coca par les trous du nez.
Bon.
Peut-être pas.
C’est douloureux, salissant et probablement une très mauvaise idée.
Mais vous voyez ce que je veux dire.
Ne pas prendre la vie au sérieux ne signifie pas faire n’importe quoi
Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il ne s’agit pas de devenir irresponsable.
Il y a des choses qui méritent d’être prises au sérieux : nos responsabilités, nos engagements, les conséquences de nos actes, la souffrance des autres.
Le problème n’est pas le sérieux.
Le problème, c’est quand le sérieux devient notre seule manière d’exister.
Quand chaque décision devient une analyse, chaque erreur un échec, chaque imprévu une catastrophe et chaque émotion un problème à résoudre.
À force de tout prendre au sérieux, nous finissons parfois par nous prendre nous-mêmes trop au sérieux.
Et c’est épuisant. Et en plus, on vieillit prématurément…
Il y a une différence entre faire n’importe quoi et laisser un peu de place à la spontanéité.
On peut même parfois vivre dangereusement, rechercher le frisson, prendre des risques ou sortir de sa zone de confort… à condition de ne pas transformer notre plaisir en problème pour les autres.
Parce qu’au fond, le but n’est pas de vivre sans risque.
C’est de vivre pleinement.
Regarder le soleil se coucher ne sert à rien
Et c’est précisément pour cela que c’est merveilleux.
Un coucher de soleil ne fait pas avancer notre carrière. Il ne règle aucun problème. Il ne remplit pas notre compte bancaire. Il ne permet même pas de cocher une case dans une liste.
Et pourtant, il peut nous arrêter quelques minutes.
Nous faire lever les yeux.
Nous rappeler que nous sommes là. Maintenant.
C’est peut-être cela, profiter de l’instant présent.
Pas arrêter de penser au passé ou à l’avenir, mais être capable, de temps en temps, de poser tout cela sur le côté et de se dire :
« Là, maintenant, je suis bien. »
Même si tout n’est pas réglé.
Même si tout n’est pas parfait.
Aimer, aussi
Et puis il y a l’amour. Ahhh, l’AMOUR ! « Mais quelle idée saugrenue !? », me diriez-vous.
Aimer n’est probablement pas la chose la plus raisonnable qui soit.
On s’attache. On se rend vulnérable. On peut être déçu. On peut souffrir. On ne maîtrise pas ce que l’autre ressent ni ce que l’avenir nous réserve.
Et malgré tout, on aime.
On embrasse.
On prend quelqu’un dans nos bras.
On dit « je t’aime ».
On rit ensemble pour une connerie qui ne fera rire personne d’autre.
On crée des souvenirs qui n’ont aucune valeur comptable mais qui, parfois, valent absolument tout.
Certaines des plus belles choses de notre existence n’ont tout simplement pas besoin d’être rationnelles.
La joie n’attend pas que tout aille bien
On peut être dans une période difficile et avoir malgré tout un moment heureux.
On peut avoir des problèmes et rire.
Être inquiet et regarder les étoiles.
Traverser une rupture et aller boire un verre avec un ami.
Avoir peur de l’avenir et quand même faire un projet.
La joie n’est pas une trahison de nos difficultés.
Rire quand on souffre ne signifie pas que notre souffrance n’est pas réelle.
Cela signifie simplement qu’elle n’a pas réussi à occuper tout l’espace. Ouf !
Nous n’avons pas besoin d’attendre que tout aille bien pour vivre.
VIVRE plutôt que survivre
Nous avons parfois tellement peur de perdre ce que nous avons que nous finissons par ne plus oser vivre.
On protège notre confort, notre image, notre sécurité, nos habitudes… et, petit à petit, on réduit l’espace disponible pour l’imprévu.
Or l’imprévu est aussi l’endroit où se trouvent certaines des plus belles choses : une rencontre, une discussion, une aventure, un fou rire, une histoire d’amour, un voyage improvisé.
On ne peut pas tout contrôler et vivre pleinement en même temps.
À un moment donné, il faut accepter de lâcher un peu le volant (pas en plein virage, d’accord ?).
Pas au point de foncer dans le mur. Juste suffisamment pour laisser entrer un peu de spontanéité.
Parce que notre objectif ne devrait peut-être pas être de traverser notre existence sans incident.
Il devrait être de remplir notre vie de moments qui méritent d’être vécus et dont nous nous souviendrons.
Des moments où nous avons ri.
Des moments où nous avons aimé.
Des couchers de soleil.
Des nuits trop courtes.
Des conversations interminables.
Des départs improvisés.
Des éclats de rire.
Des histoires ou des anecdotes que nous raconterons encore vingt ans plus tard.
Et si nous commencions maintenant ?
Pas demain.
Pas quand nous aurons réglé tous nos problèmes.
Pas quand nous aurons trouvé le bon travail, la bonne personne, le bon appartement ou le bon équilibre.
Aujourd’hui. Maintenant.
Sortir.
Appeler quelqu’un qu’on aime.
Faire une balade.
Écouter (pour la 1 000e fois) cette chanson qu’on adore.
Danser.
Embrasser (choisissez bien, par contre. Pas un cactus, s’il vous plaît).
Rire.
Faire quelque chose qui ne sert à rien (en apparence).
Dire ce qu’on ressent.
Faire un détour.
Admirer un coucher de soleil. Ou un lever, si vraiment on est motivé.
Et surtout, se rappeler que notre existence n’est pas un problème que nous devons résoudre.
C’est une expérience que nous sommes venus vivre.
Alors oui, soyons responsables.
Soyons raisonnables quand il le faut.
Prenons soin de nous, puis des autres (oui, oui, dans cet ordre).
Mais n’oublions pas de faire une place à la joie, à l’amour, à l’absurde, à la spontanéité et à toutes ces petites choses qui ne servent strictement à rien…
…si ce n’est à nous rappeler que nous sommes vivants.
Parce qu’au fond, il y a peut-être une seule vraie question à se poser :
Est-ce que je suis en train de vivre… ou simplement de gérer ma survie ?
Et si la réponse est « un peu des deux », ce n’est pas grave.
On peut commencer doucement.
Aujourd’hui, par exemple.
Sortir. Respirer. Rire. Aimer.
Et éventuellement… boire du Coca par les trous du nez.
Enfin, ça, c’est vous qui voyez.
Perso, je déconseille.
Avec tout mon Amour, Andrei